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Pénurie d’eau de plus de 10 jours : Enfer sur Warkhokh

La bourgade de Warkhokh et ses environs ont vécu un long et déroutant calvaire causé par  la panne de l’unique forage  qui les ravitaillait en eau.  Cette panne qui a duré plus de 10 jours, la première du genre dans l’histoire de cette localité, a eu un impact sur tous les secteurs de la vie de cette commune rurale. Voyage dans l’enfer d’une population assoiffée.    
Lunettes «noir-fumé» bien ajustées, bouche chahutée par une dentition maladroitement entretenue,  la vieille dame Ndéye Touré, marche difficilement pour rejoindre ses amies assises à même le sol, sous l’ombre d’un grand arbre qui abrite un marché de fortune. La soixantaine, nonchalante, cette femme dont le pied droit étale toute la laideur d’un lourd bandage, pansement dérisoire, traine comme un boulet la mésaventure qu’elle a vécue le jeudi dernier et qui a failli lui faire perdre une jambe. La vie. Tout court. D’un ton badin et taquin, elle revient sur cette folle matinée : «Je reviens de loin. J’ai  failli mourir en faisant la queue devant le camion citerne qui distribuait de l’eau à la population de Warkhokh, confrontée à une pénurie d’eau. Au cours de la bousculade, j’ai été projetée à terre et la foule a marché sur moi. N’eût été l’intervention rapide de quelques bonnes volontés, j’allais passer de vie à trépas.»
Ces propos de la vieille dame résonnent en écho dans la clameur populaire de Warkhokh. La longue pénurie d’eau a duré  plus d’une semaine. Un tour aux alentours de cette commune rurale située à 27 km de Dahra Djolof  et seulement à 13 km de Linguère, la capitale départementale, permet de faire l’amer constat.  Cette   bourgade, à cheval sur ces deux villes, porte encore les stigmates du manque d’eau. Il suffit de jeter un œil sur les plants maraîchers qui, confrontés à un méchant stress hydrique, commencent à se faner, les animaux ont également perdu leur part de chair avec ce long et périlleux calvaire.
Supplice… « Nous sommes restés  presque  10 jours sans eau. C’était intenable. Vraiment nous avons vécu l’enfer sur terre», s’étrangle de rage Allé Top, le chef du village de Warkhokh.   Lui peine à oublier les terribles souffrances endurées par ses administrés. Les raisons profondes de cette pénurie mémorable sont à chercher dans la panne du forage qui alimente la commune de Warkhokh et les villages Thially, Thiabe, Ngaraf, Tally, Yetti…, tombé en panne dans la nuit du samedi 09  au dimanche  10  décembre. Il explique : «A cause de la fête du Maouloud, les agents  du service de l’hydraulique n’étaient sur place, donc il fallait  attendre qu’ils reviennent. Ce que nous avons fait malgré nous, car pendant tout ce temps, nous n’avions pas de quoi boire. C’est à la date du mardi 12 décembre qu’un technicien a été envoyé sur place, mais il ne pouvait rien faire, parce que l’unique grue qui soulève la pompe, était  en train de dépanner d’autres  forages. Après une longue  attente, la pompe a été finalement extraite et la panne a été détectée. Celle-ci, bricolée, a pété de nouveau et de fait, nous étions dans l’obligation d’acheter une nouvelle pompe sinon, le forage ne marcherait pas.  Seulement, au moment où   l’on s’affairait pour régler les formalités en vue de l’acquisition d’une autre machine, les populations et les animaux  mouraient  de soif. Nous parcourions plus  de 11km pour rallier le village de Ngikh ou celui de Ndiarno (9km), pour avoir de l’eau. Les animaux s’abreuvaient au marigot «Mbaaye.» Seulement, cette eau est très dangereuse pour les animaux et pour les 5000 âmes.
«Nous sommes restés des jours sans nous laver». 
Les femmes sont les plus grandes victimes de cette pénurie, jamais égalée dans l’histoire de cette bourgade. La dame  Ndèye Bâ Seck en est la preuve par l’exemple. Cette  femme, rencontrée au marché en train d’écouler du poisson fumé, garde dans un coin de sa tête son dur calvaire. «A mon âge (la cinquantaine), je me réveillais chaque jour avant l’aube pour me rendre en  charrette à  Ngith pour que mes enfants aient de l’eau avant qu’ils ne partent à l’école. Je donnais à chacun une ration de deux pots, à eux de se débrouiller pour gérer rationnellement l’eau.   Parfois, je faisais la queue devant le  camion-citerne du service de l’hydraulique qui ravitaillait le village,  mais les plus forts nous écrasaient sans pitié, nous  les plus faibles qui finissions par nous tenir à l’écart pour éviter d’être piétinés. Nous avons vécu cette situation des jours durant. Finalement, certains envisageaient même de quitter la localité», confie-t-elle avec exaspération et indignation.  En écho, Rokhy Diouf témoigne : «Je restais plus de 3 jours sans même me laver. Je n’osais pas approcher mon mari, car je savais que je ne sentais  pas bon. Certains se lavaient au marigot, mais une dame de mon âge n’ose pas le faire. D’ailleurs, une bonne partie des familles préparaient des repas à base de pâte à cause du manque d’eau, car pour cuisiner le riz au poisson, nous sommes obligées d’utiliser  beaucoup d’eau pour nettoyer  le riz et  le poisson. Durant toute cette période, je n’ai pas fait le linge.»  Les propos de cette mère de 4 bouts de bois de Dieu, ont été confirmés par  cette demoiselle,  qui tient une boutique située à quelques jets  de pierres du dispensaire. Celle-ci, qui a préféré garder l’anonymat,  a assuré  qu’elle est restée plus de 6 jours sans vendre 8 morceaux de savon, or en temps normal, elle  écoulait le carton en moins d’un jour.
Les cours des élèves perturbés. Cette longue pénurie d’eau qui a frappé la commune de Warkhokh, n’a pas épargné l’école. D’après plusieurs  indiscrétions, «le Cem a une fois arrêté tous  ses cours à partir de 11heures,   car tout  l’établissement était dépourvu d’eau».  Mais de l’avis de Demba Niang, surveillant,  «les cours étaient perturbés. Et des mesures conservatoires ont été prises. Toutes les toilettes de l’école  ont été fermées, pour éviter la propagation de certaines maladies». Idem pour l’école élémentaire. Ici également, les élèves étaient obligés de sortir pour faire  leurs besoins naturels.  Ainsi, pour Madiéye Niang, directeur de l’école, nouvellement affecté à  son poste, «l’école a plus senti cette pénurie. Les élèves et les enseignants  risquaient d’attraper certaines maladies, parce qu’ils n’avaient même pas de quoi mouiller leur éponge pour effacer le tableau ou les ardoises. Ils utilisaient des éponges sèches, ce qui soulevait la poussière de la craie.  Il arrivait qu’un élève vienne à l’école sans même se débarbouiller. C’était très gênant, mais il fallait gérer cette situation. Toutefois, il faut préciser que cette pénurie  était épouvantable. Même les enseignants restaient des jours sans se laver, parce que nous faisions la queue comme tout le monde, à moins qu’on se rende dans les autres villages pour chercher le liquide précieux». Yacine Goudiaby, maîtresse d’une  classe de Ce1, était dans la même situation. Elle devait pourtant tenir sa classe. Warkhokh a vécu l’enfer d’une pénurie que ses habitants auront du mal à oublier.
    ABDOU MBODJ
DEMBA NIANG, TRESORIER GENERAL DE L’ASUFOR
«Nous présentons nos excuses aux usagers»
«Nous nous excusons auprès des usagers. Certes, la panne a duré, mais cela ne dépendait pas de notre volonté. Le problème était complexe, parce que  c’est la pompe qui  avait pété. Pourtant, nous l’avons repérée  à la date du 28 octobre et le 10  décembre, elle s’est de nouveau détériorée.  Nous l’avons changée en achetant une pompe (2e main) à 1,5 million, le 10 décembre dernier et une semaine après, cette machine nouvellement posée a encore pété. Donc, il nous fallait du temps pour la changer. C’est  ainsi que le ministre Aly Ngouye Ndiaye, informé, a acheté une pompe neuve à 4,5 millions Cfa. Et du coup, le forage a été réparé hier. Donc cette pénurie est loin derrière nous.»
  1. MB
DERNIERE MINUTE
Après une dizaine de jours d’un calvaire dû à une dure pénurie d’eau qui a frappé plus de 5000 âmes vivant dans la commune rurale de Warkhokh et  ses environs, le ministre Aly Ngouye Ndiaye, ministre de l’Industrie et des Mines, a mis la main à la poche pour acheter une pompe neuve. Depuis lundi, l’eau recommence à couler, mais le mal  est déjà fait. Ouf !

AB.MB

igfm.sn

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